Les gardiens le retour

C’était une catastrophe. Cela faisait plusieurs jours qu’un mauvais pressentiment préoccupait Gidéon. Ses précieux livres n’arrivaient pas à le distraire aussi bien que d’ordinaire. Il savait au fond de lui que quelque chose ou quelqu’un allait venir l’arracher à sa quiétude. Seule une personne pouvait être responsable de cette appréhension : son auteure. Mais pourtant, c’était impossible, cela faisait des mois que les examens l’occupaient. Une seule personne pouvait le renseigner, une seule serait capable de lui ôter cet odieux doute. Il n’aurait jamais cru se sentir obliger de rendre visite à Roxana de façon volontaire. Généralement, c’était plutôt elle qui faisait irruption dans sa Bibliothèque, interrompant sa solitude. La Prison ne lui plaisait guerre mais il devait reconnaître que le jardin qui s’y trouvait avait un charme certain.

Roxana, assise sur le haut de la fontaine, lisait tranquillement un roman policier. Les livres la lassaient pour la plupart mais celui-ci était différent. Pour une fois, son envie de connaître la suite avait pris le dessus. Mickaël quant à lui faisait la sieste couché dans l’herbe au pied de l’arbre millénaire

D’un coup, Gidéon pénétra dans le jardin ce qui étonna grandement les deux protecteurs des lieux.

– Quel bon vent vient t’amener par ici ? C’est rare ! s’exclama Roxana

Gidéon se figea et prit une grande inspiration. Il savait que s’il craquait, elle se délecterait de son irritation. Deux battements de cœur plus tard, il explosa :

– Un livre au dessus de l’eau ? Inconsciente ! Et s’il tombait ? S’emporta-t-il.

– Ne penses-tu pas que tu exagères un peu, répondit celle-ci en refermant le livre

– Quand il s’agit de livres, c’est mon boulot d’exagérer, protesta le gardien en s’approchant et tendant la main vers elle d’un air autoritaire. Donne-moi ce livre !

Roxana l’observa un moment avant de laisser apparaître un sourire suffisant sur le visage. D’un coup sec, elle lança le livre dans sa direction. S’il venait à tomber dans l’eau se serait sa faute. Après tout, il n’avait qu’à le rattraper. Gidéon n’était guère sportif, mais quand il s’agissait de livres, son corps repoussait ses limites. Il s’élança pour attraper le livre au vol. Il y parvint in extremis et soupira de soulagement. Une caresse au précieux ouvrage plus tard, son regard glacé se posa sur Roxana.

– Monstre …

– J’aime bien t’embêter. Mais comme, je t’ai dit le livre ne craint rien. La fontaine ne mouille pas.

– Mais quand même … ON NE JETTE PAS LES LIVRES ! Ce ne sont pas des frisbees !

Roxana ne prêta pas plus attention à ses plaintes. Elle descendit pour aller se poser sur un banc non loin. Gidéon câlina un vague moment le livre, le temps de reprendre ses esprits. Il avait encore sur-réagi. Il la rejoignit sur le banc.

– L’heure est grave Roxana, dit gravement ce dernier

– Y aurait-il des termites dans ta bibliothèque ? le taquina la jeune femme.

Gidéon frissonna devant cette terrible perspective avant de se ressaisir :

– Mais non, ce sont nos auteures !

– Ah ! J’ai vaguement entendu parler de reprise d’écriture

– Tu le savais ! Tu le savais et tu ne m’as rien dit ? J’aurais au moins pu m’y préparer psychologiquement, relire des livres d’aventure … Disparaître sans laisser de trace…

– Comme elle t’a dit, on en a vaguement entendu parler quand notre auteure est venue nous secouer pour le plaisir, soupira Mickaël

Gidéon poussa un soupir pitoyable :

– J’aimais tant quand la mienne avait autre chose à faire, on ne pourrait pas leur trouver une distraction ?

– Je crains que ce ne soit peine perdue. Quand nos auteures ont une idée en tête… continua le sorcier en se lamentant

– Et qu’est-ce qu’elles ont en tête cette fois ? Quel malheur va nous tomber dessus ?

-Va savoir ! De toute façon, peut-être que c’est mieux de poursuivre nos aventures que de rester ici sans rien faire. Je commence à m’ennuyer. Mes diablotins ne font que des bêtises. L’ogre se plaint d’avoir faim. Le dragon manque de carboniser le jardin sans distractions autres. C’est lassant, s’exprima la gardienne.

– Oh … Mais moi, je ne m’ennuie pas. Tu sais quoi ? Tu n’as qu’à faire le travail toute seule, tu n’as pas besoin de moi non ? Deux auteures pour toi toute seule, petite veinarde !

Mickaël sursauta au dire de Gidéon. Que venait-il de dire là ? Lui s’éclipser et les laisser dans leur malheur. Hors de question ! Il se leva pour se planter devant le bibliothécaire.

– Si tu te défiles, je mets à sac tes jolies étagères, menaça celui-ci.

Gidéon soutint son regard avec défi. Même s’il ne semblait guère impressionnant à côté de Mickaël. Mais peu lui importait : il était un Gardien, un être doté de dons lui permettant de protéger la Bibliothèque. Personne ne pouvait rien contre lui, ni contre ses protégés.

– Essayes pour voir ? répliqua-t-il.

Le sorcier sourit jusqu’aux oreilles. D’un coup, il disparu sans dire un mot. Roxana en éclata de rire. Une crise de panique s’empara du gardien.

– Non ! Non reviens ! Ne les touche pas. C’est d’accord, je subirais les auteurs. Je le promets !

Roxana doubla de rire à tel point qu’elle manqua de tomber du banc. Mickaël était parti, il n’entendrait jamais les supplications de Gidéon. Ce dernier, le comprenant aussi, lui jeta un dernier regard horrifié avant de partir en courant, priant pour ses protégés.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s